#CIHA202401467Le pisé de terre, matériau des pionniers du développement urbain de Lyon au XIXe siècle

K. NEW MATERIALITIES
Les matériaux coffrés et de concrétion : les nouvelles matérialités de l'architecture (XVe-XXe siècles)
E. Mille1.
1Ensag - Grenoble (France)


Email: emmanuelmille@yahoo.fr (E.Mille)
Discussion

Co-auteur(s)

Sujet en anglais / Topic in english

Sujet de la session en français / Topic in french

Texte de la proposition de communication en français ou en anglais

De récentes recherches sur le bâti lyonnais ont mis en lumière un usage massif du pisé de terre dans le bâti des quartiers périphériques de la ville. Cette culture constructive a mis à profit les matériaux disponibles localement, le site de la ville étant couvert de dépôts d’origine glaciaire. Ainsi, la terre argileuse était disponible en abondance, parfois sur le lieu même de la construction, tandis que la pierre devait être importée, engendrant des surcoûts. Si cette utilisation semble être apparue au Moyen-Age, elle est largement attestée dès le XVIe siècle, comme en témoigne le bâti des anciens faubourgs. Cette présence du pisé de terre a pris un essor considérable au XIXe siècle, accompagnant l’explosion urbaine de Lyon : sans exclure d’autres matériaux tels que la pierre, la terre a été largement utilisée pour la construction de nouveaux quartiers, principalement occupés par des milieux populaires, venant bousculer certaines idées reçues :

1. L’emploi de ce matériau ne s’est pas cantonné à des édifices réalisés en auto-construction ou établis dans des secteurs ruraux. La terre est notamment présente dans de grandes opérations immobilières. Beaucoup de ces lotissements ont une forte densité bâtie et des immeubles parfois élevés : le pisé de terre est fréquemment utilisé dans des pignons ou des murs de refends d’immeubles-ateliers de la Croix-Rousse (communément appelés « immeubles-canuts »), où certaines élévations dépassent les 25 mètres.

2. Des réglementations urbaines ont encadré cet usage pendant quasiment tout le XIXe siècle. Nonobstant les inondations à répétition et les quelques tentatives autoritaires d’interdiction qui ont principalement visé le centre-ville, ces règlements étaient assez libéraux et diversement respectés. Ils visaient probablement à ce que les acteurs locaux adoptent des choix constructifs en adéquation avec les propriétés physiques du matériau. Ainsi, le pisé était généralement interdit en rez-de-chaussée (risques d’inondations, humidité du sol), la hauteur des élévations en terre pouvait être limitée notamment en façade sur rue ou dans les murs mitoyens et des largeurs minimales de trumeaux pouvaient être imposées.

Cet univers constructif témoigne d’un usage du pisé de terre qui ne se limitait pas, loin de là, au bâti informel réalisé en auto-construction. Le nombre et l’échelle des grandes opérations immobilières présentant du pisé de terre montrent que cette technique était couramment employée par des entreprises de construction, dans la lignée de certaines opérations lyonnaises réalisées par François Cointeraux à la fin du XVIIIe siècle. C’est dans ce contexte qu’a émergé, à partir des années 1840, l’emploi de pisés réalisés à partir de nouveaux matériaux d’origine industrielle, le mâchefer et le béton de ciment. Mis en œuvre avec les mêmes outils que le pisé de terre, ces matériaux, plus résistants à l’eau, sont fréquemment utilisés dans des parties de la construction davantage sollicitées ou exposées à l’humidité. Dans le dernier tiers du XIXe siècle, ces matériaux ont progressivement remplacé l’usage de la terre jusqu’à ce qu’elle disparaisse de la construction lyonnaise vers 1900.

Mots clefs : pisé de terre ; immeuble d’habitation ; Lyon ; époque industrielle ; réglementation.


Bibliographie

DELAVENNE, Magali, MILLE, Emmanuel, 2022. « L’ensemble de logements et de commerces construit par François Cointeraux dans le faubourg lyonnais de Vaise en 1782 : manifeste et “fatale entreprise” ». In : LÉAL, Emilie, CHAZELLES (DE), Claire-Anne, DEVILLERS, Philippe, Architecture et construction en terre crue. Approches historiques, sociologiques et économiques. Montpellier : Éditions de l’Espérou. p. 241‑262.

MILLE, Emmanuel, 2023. Construire la ville en terre. Le pisé, matériau essentiel de l’extension urbaine de Lyon (XVe-XIXe siècles). Thèse de doctorat en architecture. Grenoble : Université Grenoble Alpes. 1219 p.


CV de 500 signes incluant les informations suivantes: Prénom, nom, titre, fonction, institution

Architecte du patrimoine, docteur en architecture. Chercheur associé au sein de l’équipe CRAterre, Unité de Recherche Architecture, Environnement et Cultures Constructives, École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Université Grenoble Alpes, France.


Résumé / Abstract

Mettant à profit un matériau local disponible en abondance, le pisé de terre a été très utilisé à Lyon depuis le Moyen-Age, notamment dans le bâti des quartiers périphériques de la ville. Cet usage a connu un essor considérable au XIXe siècle, accompagnant l’urbanisation de nouveaux quartiers. Loin des stéréotypes d’un matériau réservé au bâti rural, le pisé de terre, dont l’usage était encadré des réglementations urbaines pendant tout le XIXe siècle, fut utilisé dans la constructions de vastes ensembles urbains, dont certains immeubles des élévations de plus de 25 mètres de haut.