LE MÂCHEFER DANS LA CONSTRUCTION, UN SIÈCLE D’ÉVOLUTION DANS LA RÉGION RHÔNE-ALPES.
Les villes Ligériennes et Rhodaniennes possèdent des traces de leur passé industriel, notamment dans les constructions de cette époque. On peut voir que de nombreuses bâtisses ont été réalisées en mâchefer, un matériau facilement reconnaissable. Le mâchefer est un « déchet-matière » dont la définition et la destination ont évolué dans le temps et l’espace. Cette évolution est intimement liée à la maitrise et à l’utilisation du feu par l’Homme.
Dans le monde de la construction, il a toujours été question d’économie : économie de matière, logique d’approvisionnement, économie de transport et économie financière. Avant le développement du transport ferroviaire et fluvial, les matériaux étaient utilisés localement et les techniques constructives, fortement liées à l'emploi de ces matériaux, avaient un rayonnement territorial plutôt faible. Avant le XIXème, les mâchefers étaient surtout utilisés dans les mortiers, on peut le retrouver sous formes pulvérisé dans la composition du « mortier loriot » par exemple. Mais cette utilisation de matière résultante de la combustion de la houille n’était pas nouvelle. Les chaufourniers du Lyonnais commercialisaient déjà de la cendrée qui était obtenue lors de la calcination du calcaire par la houille. Ils obtenaient ainsi de la chaux et de la cendrée. L’utilisation de cette cendrée fut présente dans le lyonnais car les chaufourniers se fournissaient en charbon de Saint-Étienne. Une cendrée très reconnue en Europe était celle de Tournai. On peut voir que l’utilisation des cendres et mâchefer a finalement une histoire commune.
Dans la région Rhône-Alpes, l’utilisation des mâchefers comme agrégats dans les pisés se démocratise au milieu du XIXème, notamment grâce aux travaux de François Coignet. L’utilisation des « mâchefers » de forges et de hauts-fourneaux (Laitier Cristallisé) sont utilisés dans ces régions fortement industrialisées. Les mâchefers de houille et laitiers sont sujets à la confusion. L’utilisation de ces co-produits va finalement se démocratiser et à partir du XXème siècles, les mâchefers seront utilisés pour la confection de matériaux de construction dans toute la France. Les « moellons » de mâchefer se déclinent sous différents formats. La technique artisanale de la fabrication des agglomérés de mâchefers s’industrialise.
Ce travail démontre que la filiation des premiers bétons vers les bétons écologiques a comme fil conducteur ce que nous avons défini comme mâchefer. Nous avons constaté l’évolution d’un terme employé d’abord chez les forgerons, puis pour désigner les résidus de chaudières, et parallèlement les co-produits sidérurgiques et métallurgiques. Nous avons également observé que les recherches sur les mâchefers de houille ont des temporalités bien précises. Dans un premier temps, ces recherches étaient tournées vers l’hydraulicité du matériau, avec les travaux de Vicat, Sganzin, Raucourt avec les mortiers de cendre de houille. Puis c’est dans la recherche économique des constructions que le mâchefer fut beaucoup employé notamment grâce aux travaux de l’entreprise Coignet. Aujourd’hui, les derniers mâchefers de hauts-fourneaux et d’aciéries sont utilisés dans la recherche des nouveaux bétons écologiques.
Mots clés : mâchefer, laitiers, déchet-matière, pisé, cendrée, aggloméré.
Anstett, frédéric. (1941). Dictionnaire du ciment, et de ses divers emplois (EYROLLES Léon).
Coignet, François. (1861). Des bétons agglomérés appliqués à l’art de construire : Mémoire adressé à la commission des arts insalubres de l’Académie des sciences, pour concourrir au prix Monthyon. Hachette Livre : BnF : Gallica bibliothèque numérique.
de Ochandiano, Jean-Luc. (2011). Lyon, un chantier limousin : Les maçons migrants (1848-1940) (Editions Lieux Dits).
Degenne, Jacques & Marrey, Bernard. (2013). Joseph Monier et la naissance du ciment armé (2e éd). Éd. du Linteau.
Lebrun, François-Martin. (1843). Traité pratique de l’art de bâtir en béton (édition 1843) (BNF; Carilian-Goeury et V. Dalmont).
Max, Ringelmann. (1902). Journal d’agriculture pratique, de jardinage et d’économie domestique (Vol. 4). Librairie de la Maison rustique du XIXe siècle.
Simonnet, C. (2005). Le béton : Histoire d’un matériau ; économie, technique, architecture. Éditions Parenthèses.
Corentin GEAY, (22 /05/1996)
Architecte (2023) de la Faculté d'Architecture La Cambre Horta (Belgique).
Je suis architecte, jeune diplômé de la faculté La Cambre Horta. J'ai effectué deux ans de recherches sur les mâchefers dans la construction qui était le sujet de mon Mémoire de fin d'étude. J'ai effectué des stages en Belgique et notamment dans le bureau "Architectures Parallèles" qui est spécialisé dans le patrimoine bruxellois. (juillet-aout 2021 et mars-juillet 2022).
Dans le domaine de la construction, il a toujours été question d’économie. Les matériaux étaient utilisés localement et les techniques constructives avaient un rayonnement territorial faible. L’utilisation des « mâchefers » de forges et de hauts-fourneaux (Laitier Cristallisé) est répandue dans les régions industrialisées. Les mâchefers de houille et laitiers sont sujets à la confusion. L’utilisation des mâchefers comme agrégats dans les pisés se démocratise au milieu du XIXème siècle, notamment grâce aux travaux de François Coignet. Ils seront utilisés pour la confection de matériaux de construction dans toute la France.