Titre proposé :
Matériaux coffrés et expression de la matérialité dans l’Occident musulman médiéval et moderne (VIIIe-XVIIIe siècles)
Argumentaire :
L’Occident musulman médiéval (Afrique du Nord –Maghreb– et péninsule Ibérique –al-Andalus–) connaît au long de son histoire une floraison, sans équivalent dans l’espace méditerranéen, de constructions réalisées en matériaux divers à l’aide de coffrages de bois. Ce mode de mise en œuvre particulier caractérise les pratiques domestiques et vernaculaires, mais également l’architecture officielle, dont palais, mosquées, édifices civils ou militaires sont édifiés selon ce procédé. Ancrée profondément dans les habitudes constructives dès le Moyen Âge, cette technique va continuer à marquer profondément de son empreinte les paysages urbains et ruraux du Maghreb durant la période moderne et au-delà même, jusqu’à l’avènement contemporain du ciment et du parpaing.
La communication se propose de revenir tout d’abord non seulement sur la remarquable ubiquité de cette technique dans tout l’espace des terres de l’Islam d’Occident, mais aussi sur l’extraordinaire diversité des matériaux ainsi mis en œuvre. Si la question des origines du procédé est encore obscure (même si le dit procédé s’inscrit assurément dans la continuité d’une tradition de mise en œuvre remontant à l’époque punique), celle de son adéquation avec une culture technique et une organisation du chantier toutes deux spécifiques est mieux étayée, et sera donc soulignée.
Au-delà de ces aspects technologiques, il s’agira d’élargir la réflexion à deux autres champs. Celui de la lexicographie tout d’abord, en s’intéressant à l’origine et aux usages du vocable arabe tâbiya, un néologisme qui désigne spécifiquement le procédé dans les textes médiévaux, et que les langues romanes déclineront à partir de cette époque ou plus tardivement selon des termes tous apparentés : tapia, tapial ou taipa. Celui de l’historiographie ensuite, en examinant les biais qui ont amené les chercheurs européens à concevoir au fil du XXe siècle, le plus souvent de manière péjorative, le rapport des constructeurs musulmans de l’époque médiévale ou moderne au matériau et à son mode de mise en œuvre, en se référant notamment à la construction en matériaux coffrés.
Mots clefs :
Occident musulman médiéval et moderne – matériaux coffrés – tâbiya – lexicographie arabe – historiographie du Maghreb médiéval et moderne
Jean-Pierre Van Staëvel est professeur d’archéologie et d'histoire des arts du monde islamique à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialiste de l’Occident musulman médiéval, il a consacré sa thèse de doctorat (Lyon 2, 2000) à l’exploitation des sources jurisprudentielles arabes traitant de problèmes de construction et de propriété immobilière dans les villes de l’Islam d’Occident au Moyen Âge, puis son habilitation à diriger les recherches (Paris IV, 2006) aux formes d'habitat en al-Andalus. Au Maroc, il codirige actuellement deux missions archéologiques : celle sur le ribât d’Igiliz, berceau de l’Empire almohade, et celle sur le ribât de Tît (Moulay Abdallah Amghar), grand pôle de dévotion mystique.
La communication présentera une synthèse des connaissances archéologiques et textuelles disponibles sur les constructions réalisées en matériaux banchés dans les diverses régions de l’Islam d’Occident pour les périodes médiévale et moderne. Ce mode de mise en œuvre particulier caractérise les pratiques domestiques et vernaculaires, mais également l’architecture officielle, dont palais, mosquées, édifices civils ou militaires sont édifiés selon ce procédé. Plusieurs thèmes seront abordés : la question des origines et la chronologie de la diffusion de ce mode constructif, le savoir-faire technique et l’organisation du chantier, mais également les aspects lexicographiques et historiographiques.