#CIHA202400400La nature en ciment : les brevets d’invention des rocailleurs dans la seconde moitié du XIXe siècle

K. NEW MATERIALITIES
Les matériaux coffrés et de concrétion : les nouvelles matérialités de l'architecture (XVe-XXe siècles)
L. Koetz1.
1École D’architecture De La Ville & Des Territoires Paris-Est, O. C. S., Umr Aussr (cnrs 3329) - Paris (France)


Email: koetz.l@wanadoo.fr (L.Koetz)
Discussion

Co-auteur(s)

Sujet en anglais / Topic in english

Sujet de la session en français / Topic in french

Texte de la proposition de communication en français ou en anglais

"La nature en ciment : les brevets d’invention des « rocailleurs » dans la seconde moitié du xixe siècle"

Au xixe siècle, nombres de recherches portent sur des processus industriels mettant en œuvre des matières malléables qui ensuite se solidifient. Parmi elles, le ciment offre des possibilités de moulage et de modelage très larges. Cette qualité plastique a en particulier été exploitée par les ouvriers et entrepreneurs qui se spécialisent dans la réalisation d’objets en ciment imitant le bois ou la roche. Ces « rocailleurs », ou « rustiqueurs », savent tirer parti d’une grande variété de techniques, réalisant certaines parties de leurs ouvrages en utilisant des coffrages, d’autres simplement en dirigeant habilement la coulée ou encore en sculptant la matière fraiche. Toutes ces opérations donnent à ces productions une apparence naturelle. L’extrême attention portée à l’expressivité du rendu conduit à s’interroger sur le rapport à la matière de ces artisans du ciment. Le réalisme qu’ils semblent vouloir atteindre témoigne-t-il d’une volonté de faire oublier le matériau ou représente-t-il, au contraire, un prétexte pour révéler ses qualités propres ?

Pour éclairer cette question, j’aimerais proposer une communication centrée sur les brevets d’invention de la seconde moitié du xixe siècle dédiés en France au ciment rocaille. L’études de ces procédés constitue en effet un bon terrain pour saisir les intentions d’acteurs de la construction qui généralement n’ont pas laissé ailleurs de traces de leur pensée. Grâce aux notices, aux planches de dessins et aux photographies jointes aux dossiers, une part de leur imaginaire technique peut être saisie. Ces documents révèlent la variété des investigations tant au niveau des ressources à mettre en œuvre que dans les procédés à envisager. En témoigne, par exemple, le brevet déposé en 1874 par Victor Antonin Rabier qui propose de mouler le ciment directement sur des mottes de terre pour créer des grottes artificielles ou celui, en 1880, de François Deguin qui préconise le recyclage des déchets de l’industrie dans le but de former des agrégations décoratives.

En prenant appui sur quelques cas exemplaires, j’aimerais questionner les mécanismes de l’imitation à l’œuvre dans ces procédés : quels sont les modèles envisagés ? quelles sont les techniques décrites ? quelle part prend la main par rapport à la mécanisation des tâches ? Je souhaiterais aussi porter attention à la capacité de ces productions à renvoyer à autre chose qu’à l’objet imité (arbre ou rocher), à donner à voir en particulier le geste technique ou le mode de fabrication. L’objectif serait enfin de contextualiser ces brevets en les rapprochant de productions construites plus savantes et de réflexions qui, au même moment, interrogent elles aussi les rapports entre technique, nature et représentation.

Mots clefs : ciment - plasticité - imitation - brevet - architecture - nature


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CV de 500 signes incluant les informations suivantes: Prénom, nom, titre, fonction, institution

Laurent Koetz, École d’architecture de la ville & des territoires Paris-Est, O. C. S., Umr AUSsr (Cnrs 3329)

Laurent Koetz est maître de conférence à l’École d’architecture de la ville & des territoires Paris-Est dans laquelle il enseigne l’histoire de l’architecture. Ses travaux s’inscrivent dans une histoire culturelle des techniques constructives, principalement aux xixe et xxe siècles. Après avoir consacré une thèse de doctorat à Louis-Auguste Boileau, menuisier devenu inventeur de systèmes architectoniques et promoteur du fer, il prépare la publication d’un ouvrage sur cet architecte (Imiter | Inventer. Les cathédrales de Louis-Auguste Boileau, 1812-1896, à paraître aux éditions des Cendres à l’automne-hivers 2023). Aujourd’hui ses recherches portent plus spécifiquement sur les figurations de la matière dans l’architecture au tournant du xxe siècle.

Liens vers pages personnelles :

https://cv.hal.science/laurent-koetz

https://umrausser.cnrs.fr/membre/laurent-koetz/


Résumé / Abstract

"Exploitant les qualités plastiques du ciment, artisans et entrepreneurs « rocailleurs » développent une production d’objets imitant la nature. Certains d’entre eux déposent des brevets, convaincus que leur art se prête à des perfectionnements méritant d’être protégés. Cette activité inventive, qui se développe surtout à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, témoigne d’une grande diversité d’approche des modalités de mise en œuvre. Elle pose la question d’un rapport à la fabrication oscillant entre figuration des matières naturelles et découverte d’une expressivité propre au ciment. "